Sous-location : règles légales, risques et droits du propriétaire
La sous-location est interdite sauf accord écrit du propriétaire. Règles légales, risques pour le locataire et le bailleur, et cas pratiques détaillés.
La sous-location consiste, pour un locataire, à mettre tout ou partie de son logement à la disposition d’un tiers moyennant le paiement d’un loyer. En France, cette pratique est très encadrée par la loi et, dans la grande majorité des cas, elle est interdite sans l’accord écrit du propriétaire. Pourtant, de nombreux locataires sous-louent leur appartement sans autorisation, que ce soit pour alléger leur loyer ou pour rentabiliser un logement temporairement inoccupé. Les conséquences peuvent être lourdes pour toutes les parties.

Ce guide détaille les règles applicables à la sous-location en France, les cas où elle est autorisée, les risques juridiques pour le locataire et pour le propriétaire, et les bonnes pratiques pour réagir en tant que bailleur. Pour les propriétaires qui gèrent eux-mêmes leurs biens, un outil comme TrackMyRent permet de suivre précisément les paiements de chaque logement et de détecter rapidement toute anomalie.
Le principe : interdiction sauf autorisation du propriétaire
Ce que dit la loi de 1989
L’article 8 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 pose un principe clair : le locataire ne peut ni céder le bail ni sous-louer le logement sauf avec l’accord écrit du bailleur, y compris sur le prix du loyer. Cette disposition s’applique à tous les logements soumis à la loi de 1989, c’est-à-dire à l’immense majorité des locations d’habitation en résidence principale.
L’interdiction est d’ordre public pour les locations vides. Cela signifie qu’aucune clause du bail ne peut valablement autoriser la sous-location de manière générale et permanente : l’accord du propriétaire doit être donné pour chaque sous-location spécifique, à chaque sous-locataire identifié.
Le droit commun : l’article 1717 du code civil
Le code civil, dans son article 1717, prévoit un régime plus souple : en l’absence de clause d’interdiction, le locataire peut sous-louer librement. Toutefois, ce régime ne s’applique qu’aux baux qui ne relèvent pas de la loi de 1989, c’est-à-dire essentiellement aux locaux commerciaux, aux résidences secondaires et aux locations saisonnières.
En pratique, pour un logement loué comme résidence principale, c’est la loi de 1989 qui s’applique et l’interdiction est la règle. Le propriétaire qui découvre une sous-location non autorisée dispose de recours juridiques solides, comme nous le verrons plus loin. Pour maîtriser l’ensemble de vos obligations en tant que propriétaire bailleur, il est essentiel de connaître ce cadre légal.
La sous-location autorisée : conditions et plafond de prix
L’accord écrit obligatoire
Pour qu’une sous-location soit légale, le propriétaire doit donner son accord écrit. Cet accord doit préciser :
- L’identité du sous-locataire
- La durée de la sous-location
- Le montant du loyer de sous-location
- Les parties du logement concernées (totalité ou partie)
Un simple accord verbal ne suffit pas. La jurisprudence est constante sur ce point : sans écrit, la sous-location est réputée non autorisée. Le propriétaire qui donne son accord doit également être informé du montant du loyer de sous-location.
Le plafond de prix
L’article 8 de la loi de 1989 impose une règle fondamentale : le loyer de sous-location ne peut excéder le loyer principal. Plus précisément, le prix au mètre carré appliqué au sous-locataire ne peut pas dépasser celui payé par le locataire principal.
Cette disposition vise à empêcher les locataires de tirer un profit de la sous-location. En pratique, si un locataire paie 800 euros par mois pour un appartement de 40 m2 (soit 20 euros/m2) et sous-loue une chambre de 12 m2, le loyer de sous-location ne peut pas dépasser 240 euros par mois.
Les droits du sous-locataire
Le sous-locataire n’a aucun lien juridique direct avec le propriétaire. Son contrat est conclu avec le locataire principal, qui devient son bailleur. En cas de résiliation du bail principal, le sous-locataire perd automatiquement son droit au logement, quel que soit l’état d’avancement de son propre contrat.
Le locataire principal doit transmettre au sous-locataire une copie du bail principal et de l’autorisation écrite du propriétaire. Cette obligation protège le sous-locataire, qui peut ainsi vérifier que la sous-location est bien autorisée et que le loyer respecte le plafond légal.
Cas du logement meublé : des règles différentes
Le régime de la sous-location diffère selon que le logement est loué vide ou meublé. Pour un rappel complet des différences entre ces deux régimes, consultez notre guide sur le bail meublé vs bail vide.
Location meublée de longue durée
Les locations meublées soumises au titre Ier bis de la loi de 1989 (articles 25-3 à 25-11) sont soumises aux mêmes règles que les locations vides en matière de sous-location. L’interdiction de l’article 8 s’applique pleinement : il faut l’accord écrit du propriétaire et le respect du plafond de loyer.
Le bail mobilité
Le bail mobilité, introduit par la loi ELAN du 23 novembre 2018, fait exception. L’article 25-16 de la loi de 1989 prévoit que la sous-location est interdite dans le cadre d’un bail mobilité, sans aucune dérogation possible. Même avec l’accord du propriétaire, le locataire titulaire d’un bail mobilité ne peut pas sous-louer.
Locations saisonnières et meublés de tourisme
Les locations saisonnières et les meublés de tourisme ne relèvent pas de la loi de 1989. Le régime applicable est celui du code civil (article 1717). En l’absence de clause d’interdiction dans le contrat, la sous-location est en principe possible. Cependant, les contrats de location saisonnière contiennent quasi systématiquement une clause interdisant la sous-location, et les plateformes de réservation l’excluent également dans leurs conditions générales.
Sous-location et colocation : un cas fréquent
La question de la sous-location se pose régulièrement dans le cadre d’une colocation, notamment lorsqu’un colocataire souhaite faire entrer un remplaçant pendant une absence temporaire. Pour les propriétaires gérant une colocation, notre guide sur la gestion du loyer en colocation détaille les bonnes pratiques.
Bail collectif : la tentation de sous-louer sa chambre
Dans un bail collectif signé par plusieurs colocataires, chaque signataire est cotitulaire du bail. Si l’un d’eux part temporairement et « prête » ou « loue » sa chambre à un ami, il s’agit juridiquement d’une sous-location. Les mêmes règles s’appliquent : accord écrit du propriétaire obligatoire, plafond de loyer, et transmission de l’autorisation au sous-locataire.
En pratique, de nombreux colocataires organisent des remplacements informels sans prévenir le propriétaire. Cela constitue une sous-location illicite, même si le colocataire sortant continue de payer sa part du loyer au bailleur.
Baux individuels : un risque similaire
Avec des baux individuels, chaque colocataire est locataire de sa propre chambre. Si l’un d’eux sous-loue sa chambre, les règles sont identiques : il faut l’accord du propriétaire. La seule différence est que la sous-location n’engage que le colocataire concerné et non les autres.
Comment prévenir le problème
Le propriétaire peut se prémunir en incluant dans le bail une clause rappelant explicitement l’interdiction de sous-location et en précisant les sanctions applicables. Il peut également prévoir dans le règlement intérieur de la colocation une procédure claire pour les remplacements temporaires, qui passe par un avenant au bail plutôt que par une sous-location.
Sous-location et plateformes : Airbnb et ses alternatives
Le locataire qui met son logement sur Airbnb
La mise en location d’un logement sur une plateforme comme Airbnb par le locataire constitue une sous-location au sens de la loi. Toutes les règles s’appliquent : accord écrit du propriétaire, plafond de loyer, et pour Paris et certaines grandes villes, respect des règles de changement d’usage.
La jurisprudence est particulièrement sévère sur ce point. Dans un arrêt du 12 septembre 2019, la Cour de cassation (3e chambre civile, n° 18-20.727) a confirmé que la mise en location sur Airbnb sans autorisation du propriétaire constitue une sous-location illicite justifiant la résiliation du bail.
Les obligations supplémentaires en zone tendue
Dans les communes ayant mis en place un dispositif d’enregistrement (Paris, Lyon, Bordeaux, Nice, etc.), la location de courte durée est soumise à des obligations supplémentaires :
- Déclaration en mairie et obtention d’un numéro d’enregistrement
- Limite de 120 jours par an pour la résidence principale
- Autorisation de changement d’usage si le logement n’est pas la résidence principale du locataire
Le locataire qui sous-loue sur Airbnb sans autorisation s’expose non seulement aux sanctions liées à la sous-location illicite, mais également aux amendes administratives pouvant atteindre 50 000 euros pour défaut d’enregistrement ou dépassement du plafond de 120 jours.
La position des tribunaux
Les tribunaux sanctionnent systématiquement la sous-location via les plateformes. Le locataire peut être condamné à reverser au propriétaire l’intégralité des loyers perçus grâce à la sous-location, en plus de la résiliation du bail. La Cour de cassation a confirmé ce principe dans plusieurs arrêts récents, considérant que les sommes perçues constituent un enrichissement sans cause au détriment du bailleur.
Les risques pour le locataire qui sous-loue sans autorisation
Résiliation du bail
Le risque principal est la résiliation du bail. La sous-location non autorisée constitue un manquement grave du locataire à ses obligations contractuelles et légales. Le propriétaire peut saisir le tribunal pour obtenir la résiliation judiciaire du bail, sur le fondement de l’article 1729 du code civil.
En pratique, les tribunaux prononcent quasi systématiquement la résiliation lorsque la sous-location illicite est établie, sauf si le locataire démontre que le manquement est minime et qu’il y a été mis fin rapidement.
Dommages et intérêts
Le propriétaire peut demander des dommages et intérêts correspondant au préjudice subi. Ce préjudice peut inclure :
- Les loyers de sous-location perçus par le locataire (reversement intégral)
- Le préjudice lié à l’occupation par un tiers non autorisé
- Les frais de remise en état si le sous-locataire a causé des dégradations
Dans les affaires les plus médiatisées, les locataires ayant sous-loué massivement sur Airbnb ont été condamnés à reverser des dizaines de milliers d’euros au propriétaire.
Expulsion du sous-locataire
Le sous-locataire d’une sous-location illicite ne bénéficie d’aucun droit au maintien dans les lieux. Il est considéré comme un occupant sans droit ni titre dès la résiliation du bail principal. Le propriétaire peut obtenir son expulsion sans avoir à justifier d’un motif particulier, puisque l’occupation elle-même est sans fondement juridique.
Conséquences sur l’assurance
La sous-location non déclarée peut avoir des conséquences sur l’assurance habitation du locataire. En cas de sinistre causé par le sous-locataire (incendie, dégât des eaux), l’assureur du locataire principal peut refuser sa garantie si la sous-location n’a pas été déclarée, considérant qu’il s’agit d’une aggravation du risque non signalée. Cela peut être lié à un problème de loyer impayé si le locataire se retrouve dans l’incapacité de couvrir les dommages.
Les risques pour le propriétaire
Le propriétaire n’est pas à l’abri de conséquences négatives, même s’il n’a pas autorisé la sous-location.
Responsabilité en cas de dommages
Le propriétaire reste responsable de la sécurité du logement vis-à-vis de tout occupant, y compris un sous-locataire dont il ignore l’existence. Si le logement présente un défaut de sécurité (installation électrique défectueuse, risque d’intoxication au monoxyde de carbone, etc.) et que le sous-locataire est blessé, la responsabilité du propriétaire peut être engagée.
Problèmes d’assurance
L’assurance propriétaire non occupant (PNO) peut être impactée par une sous-location non autorisée. Si le sous-locataire cause un sinistre important, l’assureur peut invoquer une modification du risque non déclarée pour limiter ou refuser l’indemnisation. Le propriétaire a donc un intérêt direct à détecter et faire cesser toute sous-location illicite.
Impacts fiscaux
Les loyers de sous-location perçus par le locataire ne sont pas déclarés par le propriétaire, puisqu’il n’en a pas connaissance. Toutefois, si l’administration fiscale découvre qu’un logement a été sous-loué à des niveaux de loyer supérieurs au bail principal, elle pourrait réévaluer la valeur locative du bien, avec des conséquences sur la taxe foncière.
Dégradations et usure accélérée
Un logement sous-loué, notamment via des plateformes de courte durée, subit une usure accélérée due à la rotation fréquente des occupants. Meubles, équipements, parties communes de l’immeuble : les dégradations peuvent être significatives et difficiles à imputer au locataire principal si elles sont découvertes tardivement.
Cas pratique : M. Petit sous-loue pendant ses vacances
La situation
M. Petit est locataire d’un appartement de 55 m2 à Lyon. Son bail, signé en septembre 2024, ne contient aucune clause spécifique sur la sous-location (au-delà du rappel de l’interdiction légale). En juillet 2026, M. Petit part deux mois en vacances et décide de mettre son appartement sur une plateforme de location courte durée pour couvrir ses loyers pendant son absence. Il fixe le prix à 85 euros par nuit.
Les infractions commises
M. Petit a commis plusieurs infractions :
- Sous-location sans accord écrit du propriétaire : violation de l’article 8 de la loi du 6 juillet 1989
- Dépassement du plafond de loyer : son loyer mensuel est de 750 euros (soit environ 25 euros par jour), et il sous-loue à 85 euros par nuit, soit plus de trois fois le montant autorisé
- Absence de déclaration en mairie : Lyon fait partie des villes ayant mis en place un dispositif d’enregistrement pour les locations de courte durée
- Non-respect de la règle des 120 jours : sur deux mois complets, M. Petit dépasse potentiellement le plafond annuel si d’autres périodes de sous-location ont eu lieu
Les conséquences juridiques
La propriétaire de l’appartement, Mme Durand, est alertée par un voisin qui voit des voyageurs différents chaque semaine. Elle constate sur Airbnb que son appartement est en ligne. Voici ce qu’elle peut obtenir en justice :
- Résiliation du bail de M. Petit pour manquement grave à ses obligations
- Reversement des loyers de sous-location : si M. Petit a perçu environ 5 100 euros sur deux mois (60 nuits x 85 euros), Mme Durand peut demander le reversement intégral de cette somme
- Dommages et intérêts pour le préjudice subi (dégradation, trouble de jouissance pour les voisins)
- Expulsion des sous-locataires en cours d’occupation
M. Petit risque en outre une amende administrative pouvant aller jusqu’à 10 000 euros pour défaut de déclaration en mairie et 50 000 euros pour absence de numéro d’enregistrement.
La leçon à retenir
Ce cas illustre l’accumulation des risques pour un locataire qui sous-loue sans précaution. Même une sous-location « temporaire » et « de bonne foi » peut entraîner des conséquences financières et juridiques considérables. Pour le propriétaire, la réactivité est essentielle : plus la sous-location dure, plus le préjudice est important.
Comment réagir en tant que propriétaire face à une sous-location
Étape 1 : constater la sous-location
La première étape est de réunir des preuves de la sous-location. Plusieurs éléments peuvent alerter le propriétaire :
- Témoignages de voisins signalant des occupants inconnus ou un turnover inhabituel
- Annonces en ligne sur Airbnb, Leboncoin, ou d’autres plateformes (une recherche par adresse peut suffire)
- Boîtes aux lettres avec des noms inconnus
- Consommation d’eau ou d’énergie anormalement élevée
Il est recommandé de faire constater la sous-location par un huissier de justice (commissaire de justice depuis juillet 2022), qui pourra dresser un procès-verbal ayant une force probante supérieure à un simple témoignage.
Étape 2 : mettre en demeure le locataire
Une fois la sous-location constatée, le propriétaire doit adresser une mise en demeure au locataire par lettre recommandée avec accusé de réception. Cette lettre doit :
- Rappeler l’interdiction légale de la sous-location (article 8 de la loi de 1989)
- Demander la cessation immédiate de la sous-location
- Demander l’évacuation du sous-locataire dans un délai raisonnable (généralement 8 à 15 jours)
- Informer le locataire des conséquences en cas de non-respect (résiliation du bail, dommages et intérêts)
Étape 3 : agir en justice si nécessaire
Si le locataire ne se conforme pas à la mise en demeure, le propriétaire peut saisir le tribunal judiciaire pour demander :
- La résiliation du bail
- L’expulsion du locataire et du sous-locataire
- Le reversement des loyers de sous-location perçus
- Des dommages et intérêts
La procédure judiciaire peut prendre plusieurs mois, mais les tribunaux sont généralement favorables aux propriétaires dans ces situations, surtout lorsque la sous-location est clairement établie et que le locataire a agi en connaissance de cause.
Prévenir plutôt que guérir
La meilleure stratégie reste la prévention. Le propriétaire peut :
- Inclure une clause explicite dans le bail rappelant l’interdiction de sous-location et détaillant les sanctions
- Effectuer des visites régulières du logement (dans le respect du droit du locataire, avec préavis)
- Maintenir une relation de confiance avec le locataire pour être informé rapidement de tout changement de situation
- Utiliser un outil de suivi comme TrackMyRent pour détecter toute anomalie dans les paiements ou la gestion du logement
Un suivi rigoureux des paiements et une bonne connaissance du cadre légal permettent au propriétaire de réagir rapidement et efficacement face à une sous-location non autorisée.
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La sous-location illicite représente un risque réel pour les propriétaires bailleurs. Entre la dégradation accélérée du logement, les problèmes d’assurance et les complications juridiques, il est essentiel de rester vigilant et de réagir dès les premiers signes.
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